
Fournir un accès convenable à des moyens de communication à une population entière et rendre ces moyens de communication disponibles individuellement à chaque ménage à un prix raisonnable constituent des enjeux et des problématiques majeures pour l’amélioration de la connectivité dans le monde. La connectivité est la
propriété d’un système ou d’un réseau à se brancher (ou se connecter) à d’autres systèmes ou réseaux de machines. Dans son acception géographique, la connectivité désigne l’ensemble des relaxions ainsi permises et établies entre différents lieux via la connexion à un réseau technique. La connectivité, souvent associée aux notions d’accessibilité (accès et service universel) et de désenclavement, traduit donc la
capacité des villes ou des territoires isolés et éloignés géographiquement les uns des autres à établir une proximité spatiale via un réseau technique de transport, de télécommunications,…

(Source : Panneau publicitaire à Dakar - mi 2005)
Dans le domaine des TIC pour le développement, la notion de connectivité est généralement évoquée pour mettre l’accent sur les problèmes d’accès à Internet dans les pays du Sud.
L'accès à Internet et aux infrastructures de télécommunication étant très inégal et variable d'un territoire à l'autre, ne devrait-on pas parler de "sociétés de l'information au pluriel" plutôt que d'une unique société de l'information inclusive au singulier ? La société de l'information n'est pas l'avènement d'un monde nouveau ou d'une société nouvelle tel que l'annonce le discours millénariste qui n’en est qu’une vision techniciste. Croire en ce discours millénariste sans prendre du recul serait se laisser naïvement éblouir par ce que Lucien Sfez22 appelle le « bluff technologique ». En réalité, notre société a juste connu une importante transformation caractérisée par la prééminence du secteur des services, la centralité de l’information et de la connaissance et l’émergence de nouvelles élites techniciennes et de nouveaux principes de stratifications sociales. Nous admettons avec Gaëtan Tremblay23 que « la société de l’information est une société qu’on ne saurait définir, c’est une société inconcevable car dès qu’on soulève des arguments, il y a des contre arguments qui s’y opposent ». Arguments et contre-arguments sont justement à la base de tout le flou qui entoure ce concept de société de l’information tel qu’adopté par les décideurs, les organisations internationales et les acteurs économiques. Cependant, il ne s'agit pas uniquement d’arguments et de contre-arguments, mais aussi et surtout selon Michel Mathien24, de « mythes et de réalités » opposant une représentation holiste d'un monde égalitaire aux réalités d’une société mondiale tourmentée et déséquilibrée par des rapports de force et des jeux d'acteurs. Et si aujourd’hui, cette société est prônée comme une société égalitaire où les richesses et la valeur seraient créées par l’information et non par les industries comme auparavant, il reste encore que l’information n’est pas encore accessible de la même manière partout dans le monde.
La société de l’information mériterait d’être repensée à travers la question : Société pour quelle information et pour quel partage de cette information ? Il ne faudrait pas pour autant se limiter à ces interrogations et s’interdire de voir ce qui change réellement malgré tout le flou qui entoure l’émergence de la « nouvelle ère de l’information » qui nous fait passer grâce aux TIC d’une pénurie de l’information à une information surabondante (info-bésité) difficile à limiter ou contrôler. Mais l'appropriation des TIC dans les pays du Nord et dans les pays du Sud a-t-elle déjà assez évolué pour qu'on puisse parler aujourd'hui d'une véritable société inclusive de l'information ?

22 ELLUL Jacques, Le bluff technologique, Hachette, Paris, 1988, p.252.
23 TREMBLAY Gaëtan, “La société de l’information”, Séminaire visioconférence GPB7, ICM, Grenoble. 14 Mars
2007.
24 MATHIEN Michel, « La société de l’information » : Entre mythes et réalités, Bruxelles, Bruylant, 2005, 432 p.