Actions et contribution des EPN au développement durable
Le
Rapport Bruntland (Commission Mondiale sur l'Environnement et le Développement, 1987) définit le développement durable comme « un développement qui permet la satisfaction des besoins présents sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs ». Face à la mobilisation planétaire et aux enjeux de conscientisation des citoyens pour un plus grand respect de leur environnement, les espaces publics numériques, en tant que lieux de médiations, pourraient jouer un rôle de sensibilisation vis-à-vis de leurs usagers et également par rapport à la consommation électrique des ordinateurs et périphériques.
Nous présentons ici les actions entreprises par certains EPN dans une perspective de développement durable intégrant la participation des citoyens. Les initiatives du genre n'étant pas nombreuses dans les EPN, il ne serait pas superflu de signaler d'autres actions de sensibilisation écologique s'appuyant sur les technologies de l'information et menées par des collectivités locales.
Exemples d'initiatives au sein des EPN
Lors des éditions 2005 et 2006 de la semaine nationale du développement durable, les cyberbases de l'Agglomération du Grand Alès en partenariat avec le service « Développement Durable de la Mairie d'Alès», et la maison de la nature et de l'environnement, ont proposé des animations sur le thème du logiciel libre et du développement durable. La création de sites Wiki, par des classes mixtes CM1-CM2, avec comme objectif la réalisation d'un « guide du développement durable » ainsi que les ateliers d'initiation aux logiciels libres et gratuits illustrent les résultats concrets de ces initiatives. En effet, ces cyberbases s'étaient fixées pour but de sensibiliser leurs usagers au traitement de texte sur open-office et de faire découvrir le navigateur Firefox, tout ceci au travers d'une webographie « développement durable » (initiation à la recherche d'information sur Internet concernant l'air et la pollution, les énergies renouvelables, l'agriculture,...) pour comprendre le développement durable et appréhender parallèlement l'outil informatique.
Différents EPN ont été associés en Octobre 2007 à l'organisation de la semaine multimédia qui était une Rencontre-Débat sur le thème « Le Multimédia au service du Développement Durable » : Des Applications dans l'administration locale, la construction, l'aménagement et la vie quotidienne. A travers cette initiative de la
ville de Saint Médard en Jalles (Gironde) de nombreuses animations et ateliers ont été proposés dans les lieux d’accès publics de la ville. Ainsi, le carré des Jalles (labellisé Espace Culture Multimédia en 2003 par le ministère de la culture), en association avec la médiathèque de la ville, a-t-il lancé un annuaire sur Internet dénommé « Des sites pour la planète ». Cet outil a été conçu pour permettre une meilleure prise de conscience des citoyens relative au développement durable à travers 6 rubriques : sites institutionnels, blogs, associations et initiatives citoyennes, comprendre le développement durable, agenda 21, vidéos, animations et jeux. En outre, d'autres ateliers comme la réalisation de bandes dessinées ou Éco’anim ont abouti à la création de séquences animées sur le développement durable à l’aide d’un logiciel de programmation-objet (Scratch) et à partir de scénario basé sur le recyclage des déchets, la production d’énergies renouvelables, ...etc.
Soulignons également que pour favoriser les liens entre les acteurs de terrain, les animateurs multimédia du programme Cybercentres de la région (Nord-Pas-de-Calais) profitent de la proximité géographique des EPN communaux de Wallonie (en Belgique) pour participer gratuitement aux séminaires de formation et aux rencontres d'échanges de savoir-faire proposés par le Centre de Ressources des Espaces Publics Numériques de Wallonie. L'un des programmes de ces rencontres portait justement sur la thématique du " développement durable et Technologies de l'Information et de la Communication " et avait pour objectif de permettre aux animateurs multimédia des cybercentres français de voir les bonnes pratiques qui se font dans les EPN wallons et surtout d'échanger autour d'éléments à utiliser pour la mise en place d'un plan d'actions ou d'animations/activités de développement durable ou de préoccupations environnementales (information et sensibilisation via des ressources-clés disponibles en ligne d'education à l'Environnement pour un Développement Durable, connaissance et utilisation des logiciels écologiques ou applications Internet réduisant l'impact environnemental, gestion du cycle de vie du matériel informatique tenant cimpte des conditions de destruction ou de revalorisation,...)
De nombreuses initiatives similaires à celles que nous venons de voir, et se traduisant par des ateliers, des rencontres ponctuelles ou occasionnelles sur le thème du développement durable, ont été prises également par d'autres EPN dans d'autres villes. Mais les activités de sensibilisation à l'heure actuelle sont plus le fait des collectivités locales (qui les intègrent directement dans leur agenda 21).
L'engagement de certaines collectivités territoriales
En matière de sensibilisation des populations sur les comportements à adopter pour préserver l'environnement, certaines villes s'appuient sur l'information en ligne et utilisent le canal d'Internet pour atteindre une grande partie des citoyens. C'est le cas entre autre de la ville de Narbonne qui a mis en place une rubrique Internet entièrement dédiée aux risques majeurs naturels et technologiques (
www.mairie-narbonne.fr) et très consultée par les habitants. Ceux-ci ont dorénavant la possibilité de s'informer sur les risques et les dommages qu'encourent leur ville ainsi que la possibilité de télécharger les formulaires (Formulaire pré-rempli Etat des Risques majeurs et/ou Sismiques, Formulaire vierge Etat des Risques majeurs et/ou Sismiques, document cartographique). Dans le même sillage, la ville de Nancy a ouvert un blog « développement durable », plate-forme d'échanges en Intranet, pour sensibiliser les agents de la ville. En ce qui concerne la Communauté d’Agglomération Angers Loire Métropole, elle a diffusé, dans le cadre de son Agenda 21, une série d’animations en ligne illustrant les gestes simples à adopter quotidiennement pour préserver l’environnement. (
www.angersloiremetropole.fr/projets-et-competences/developpement_du...)
On peut aussi retenir l'exemple de la ville de Lomme (Nord-Pas-de-Calais), qui s'implique dans un processus de démocratisation des TIC tenant compte d'un contexte non-nuisible à l'environnement. En effet, le site de la Mairie propose aux internautes une page intitulée "collecte des déchets" sous la rubrique "cadre de vie".
La revalorisation et le recyclage informatique au coeur des actions engagées
On estime que chaque Français produit chaque année 14 kg de déchets d'équipements électroniques et que cette quantité totale produite augmente de 4% chaque année, soit un rythme de croissance beaucoup plus élevé que celui de l’ensemble des déchets ménagers.
Etant donné que les modes d’élimination actuels ne sont pas toujours adaptés à ces déchets dont beaucoup contiennent des substances dangereuses, il s'avère inéluctable d'aborder la problématique du développement durable sans penser à cette question de recyclage de matériel informatique mis au rebut (unité centrale, moniteur, périphériques divers, etc.). Il est d'autant plus important de s'y pencher quand l'on sait que les EPN et les collectivités territoriales génèrent une bonne part de ces déchets avec leurs parcs informatiques en fin de vie et nécessitant une maintenance régulière et un renouvellement.
En Basse-Normandie et plus précisément à Argentan, par exemple, les services municipaux adoptent au quotidien des attitudes responsables au niveau du tri sélectif dans tous les services et du recyclage de tout déchet électronique. En 2006, la ville a en effet fait appel à une entreprise spécialisée pour collecter le matériel informatique en fin de vie. Près de cinq tonnes (5 t) de matériel ont ainsi pu être recyclées.
L'Agence mondiale de solidarité numérique et la communauté urbaine de Lyon souhaitent également mettre en place une démarche qualité pour la revalorisation du matériel informatique afin d'améliorer l'accès des plus démunis aux technologies de l'information. L'enjeu social étant ici la redistribution du matériel reconditionné à l’échelle du territoire (aux EPN, aux établissements scolaires, aux associations, au personnel des collectivités,.....) ou à l'échelle internationale (dans le cadre d’un projet de coopération décentralisée au Sud).
Par ailleurs au Canada,
l'Association Communautique œuvre depuis 1995 à mettre les TIC au service des habitants de quartiers et milieux communautaires directement concernés par la fracture numérique et l'exclusion technologique. En 2006, cette association lance un projet pilote dans l'arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc. Elle propose ainsi des activités d'initiation et de formation aux TIC qui ont l'originalité de s'inscrire dans une triple démarche de protection de l'environnement, d'insertion des jeunes (dans un quartier enregistrant le plus grand taux de chômage de la ville de Montréal) et d'appropriation des TIC au sein des «accès communautaires» (équivalents des EPN français). Concrètement, la formation propose d'acquérir des compétences en dépannage informatique (réparation d'ordinateurs non fonctionnels à partir de pièces recyclées) et en mise en réseaux, tout en sensibilisant les participants aux incidences environnementales des déchets électriques et électroniques. Le 17 Août 2007, l'Association a annoncé le couronnement des premiers diplômés de ce projet techno-ecolo.