
Comme dans la plupart des pays africains, les écoles primaires du Burkina-Faso sont caractérisées par des effectifs pléthoriques (en moyenne 60 élèves par classe et quelques fois plus de 100 élèves), une insuffisance de salles de classes, un manque d'enseignants et un manque d'outils didactiques adaptés aux symboles socioculturels et aux codes éducatifs africains.
C'est la réalité (certes alarmante, mais pas irrémédiable) à laquelle sont confrontés les acteurs de l'enseignement et de l'éducation en Afrique. L'un de ces acteurs,
Benjamin SIA, est professeur certifié d’histoire géographie au Lycée Technique de Ouagadougou et modérateur de la liste de diffusion TIC et éducation du réseau
Burkina-ntic. En sa qualité de
responsable de la cellule OLPC du Burkina Faso, Benjamin Sia (Diplômé de l’Université de Montréal en Intégration Pédagogique des TIC) s'est prêté volontiers à nos questions dans le cadre du débat participatif sur l'éducation numérique. Voici l'intégralité de nos échanges :
- Web2solidarité : En quoi le déploiement du projet OLPC au Burkina Faso pourrait contribuer à l'élargissement de l'accès et l'amélioration de la qualité de l'éducation dans votre pays ? En d'autres termes, comment et pourquoi cet outil pourrait être utile aux pratiques pédagogiques et à l'enseignement au Burkina Faso ?

- Benjamin SIA : Le déploiement du projet OLPC pourrait contribuer à l’amélioration de la qualité de l’éducation mais pas forcement à l’élargissement. Pour utiliser ces outils pour l’élargissement de l’éducation cela suppose une certaine
autonomie des apprenants. Alors que le public cible de l’OLPC n’a pas cette autonomie.
L’amélioration de la qualité avec l’OLPC et les TIC d’une manière générale ne sera possible qu’avec des préalables comme la formation des enseignants, la production de contenus adaptés à nos programmes scolaires et aussi travailler à une pérennisation de l’initiative par une appropriation par les premiers bénéficiaires notamment la communauté éducative. Le projet doit également s’intégrer dans une vision prospective du système éducatif d’où le rôle important du politique et donc de l’Etat.
- Web2solidarité : Nous avons appris que le 1er X.0 de OLPC Burkina (offert par son parrain Dembé Sou) est arrivé à Ouagadougou au mois de décembre dernier. Où en est le projet pilote d'utilisation d'ordinateurs OLPC dans l'enseignement au Burkina Faso (concernant environ 300 élèves de classes de 6e et 5e des lycées et collèges de Ouagadougou disposant déjà d'une connexion internet) ?

- Benjamin SIA : En février 2008, nous avons à l’issue d’un atelier, qui a fait suite à un débat sur notre liste de discussion, mis en place une commission pour l’élaboration d’un projet pilote.
Le projet est prêt. Nous sommes à la recherche de bonne volonté prête à nous accompagner. Je souligne en passant que j’ai assuré en son temps la coordination de l’équipe d’élaboration de ce projet d’où le rôle de responsable pour la mise en place de cellule qui se formalisera très bientôt certainement.
- Web2solidarité : En tant qu'enseignant africain, si on vous demandait de faire une comparaison entre un XO et un TBI (tableau blanc interactif), que diriez-vous sur la pertinence de ces outils, notamment par rapport au développement de nouvelles pratiques pédagogiques pour les enseignants et à la facilité d'apprentissage pour les jeunes élèves et lycéens des pays du Sud ?

- Benjamin SIA : Dans le contexte actuel et pour des résultats immédiats, le Tableau Blanc Interactif peut jouer un rôle important. Vous savez
l’une des difficultés que nous connaissons en tant qu’enseignant est l’insuffisance d’outils didactiques adaptés. J’étais dans un lycée où on ne disposait d’aucune bonne carte.
Comment faire comprendre aux élèves certaines réalités qui sont difficiles à conceptualiser mentalement ? L’explication de la circulation sanguine par une image statique est plus difficile que par une image animée qui est beaucoup plus proche de la réalité. Il en est de même pour les cours de physique, de chimie où les laboratoires n’existent pas dans une grande majorité de nos établissements. En plus, le TBI est plus facilement exploitable dans un contexte de grand groupe. Les effectifs pléthoriques constituent l’une des caractéristiques de notre système éducatif.
L’un des gros soucis reste le problème énergétique. Je pense qu’à ce niveau des alternatives existent.
L’année précédente j’étais dans un village à quelque km de la frontière du Ghana où un groupement féminin utilise un moulin pour alimenter sa plateforme en énergie. Cette plateforme comprend un cybercentre qui fonctionne grâce à l’énergie produite par le moulin.
Je pense que d’une manière générale,il est important de penser à l’amélioration de notre système éducatif par les TIC mais il est nécessaire d’aller au-delà. Si nous en tant qu’africain nous voulons jouer pleinement notre participation à la société l’information, il nous faut opter pour des initiatives comme OLPC ou autres qui permettent de préparer les hommes de demain. La préparation de la future génération à travers la prise en main des TIC comme outils de travail et l’intégration dans les programmes d’un module tel que l’éducation aux médias sont nécessaires pour espérer affirmer notre identité dans cette nouvelle société en pleine construction.
C’est maintenant ou jamais qu’il faut commencer sinon dans une vingtaine d’années l’un des grands défis de notre société sera de lutter contre l’analphabétisme du 21ème siècle. Cela est encore important pour mon pays qui a pour principale ressource ses hommes et ses femmes. Pour qu’ils soient compétitifs, il faut une formation en concordance avec les impératifs du monde du travail dans lequel les TIC occupent une place importante.

- W2S : Merci pour ce témoignage qui apporte un éclairage à notre débat participatif sur l'éducation numérique.
(
propos recueillis par Destiny Tchéhouali)
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