Les leçons à tirer du projet « Internet à l’Ecole » au Mali...

Cet article s’appuie sur le compte-rendu d’une visite de terrain au cours de laquelle nous avons rencontré M.
Mahamane Djira (Proviseur du lycée de Tombouctou) et M.
Mahamar Traoré (Professeur de Biologie, Responsable de la Salle Internet et Référent technique du projet « Internet à l’Ecole »).
L’objectif de notre visite était de recueillir des témoignages (retours d’expérience) des enseignants et des lycéens sur le projet «
Internet à l’école » expérimenté de 2003 à 2005 avec l’appui de la société des télécommunications suisses (
SWISSCOM), dans le lycée « Mahamane Alassane Haidara » de Tombouctou.
En effet, depuis une dizaine d’années, le gouvernement malien mène une p
olitique d’équipement des lycées et des écoles en matériel informatique. Ceci a entraîné la création d’un nombre important de salles informatiques et multimédia dans les écoles maliennes.
Comment un tel dispositif a-t-il fonctionné à Tombouctou ? Où en est le projet aujourd’hui et quels enseignements tirer de cette expérience par rapport à la faisabilité du projet d’éducation numérique intégrant l’équipement en tableau blanc interactif de ce lycée ? Telles sont les questions qui ont structuré notre entretien avec Messieurs Mahamane Djira et Mahamar Traoré, respectivement Proviseur du lycée et Responsable de la Salle Internet.
Selon les explications de nos interlocuteurs, le projet « Internet à l’Ecole » a été initié par l'Union Internationale des Télécommunications (
UIT), l'opérateur Télécom
Swisscom et le
Ministère de l'Éducation nationale du Mali. Le projet résidait principalement dans la construction et l’équipement d’une salle informatique (
capacité de 50 places assises).
Compte tenu de l’inexistence de programme de cours d’informatique élaboré et intégré au système pédagogique national malien, et compte tenu du faible niveau informatique des enseignants eux-mêmes, ces séances d’initiation à Internet répondaient plus à un besoin de prise en main et d’appropriation des outils (ordinateur et Internet) par les jeunes. La salle informatique permettait néanmoins aux professeurs et élèves du lycée de directement se connecter avec leurs homologues du
Lycée de Porrentruy dans le Canton du Jura.
Les lycéens des classes de 2nde, 1ère et Terminale (effectif total estimé à environ 2 000 dans tout le lycée de Tombouctou) étaient organisés en petits groupe (
chaque classe ayant une moyenne de 60 à 80 lycéens) pour suivre des séances d’initiation à l’informatique (séance hebdomadaire d’une heure par groupe). Ils étaient essentiellement initiés à la
création de boîtes électroniques et à la
recherche sur Internet en vue de la préparation de leurs devoirs et examens. Des ateliers de
correspondance en ligne (pratique de «
chats ») et des
concours de création de sites web étaient également organisés dans le cadre du jumelage numérique qui liait le lycée de Tombouctou au lycée français de Porrentruy.
Cette expérience a concrètement permis d’établir une passerelle numérique entre une ville fortement enclavée du Sud et une ville du Nord.
Dans les deux premières années d’expérimentation du projet « Internet à l’Ecole » à Tombouctou, la fourniture du matériel a été prise en charge par
l’ONG World Links et la connexion était à la charge de l'opérateur Télécom Swisscom. L’Etat, représenté par le Ministère de l'Éducation nationale, subventionnait une bonne partie des factures de connexion. Le tarif d’accès à la salle Internet était fixé à 100 Francs CFA l’heure pour chaque lycéen. Ce tarif est cinq fois moins cher que le tarif horaire de connexion dans un cybercafé privé. Mais toujours est-il que tous les lycéens n’avaient pas les moyens de payer cette somme.

Un comité de gestion a été mis en place dans le lycée de Tombouctou pour gérer les revenus générés par la salle internet et puiser dans ces ressources financières pour assurer la maintenance du matériel informatique. La subvention de l’Etat étant arrivée à terme au bout de la deuxième année consécutive du projet (2005), le comité de gestion censé prendre le relais au niveau du fonctionnement pérenne de la salle informatique a très vite failli à sa mission. Les factures de connexion à Internet se sont ainsi accumulées et constituent aujourd’hui une dette s’élevant à plus de
10 millions de Francs CFA (environ 15 mille euros). En septembre dernier, la
SOTELMA (rachetée par le groupe Maroc Télécom) a dû procéder à la coupure définitive de la connexion dans le lycée de Tombouctou.
Ceci a mis fin aux nombreux espoirs ainsi qu’aux bénéfices que tirait la jeunesse de Tombouctou des TIC à travers la fréquentation de cette salle informatique.
Au moment de notre visite, un recensement du matériel informatique nous a permis d’avoir une idée sur le niveau d’équipements actuel de la salle Internet du lycée. On y dénombre :
23 ordinateurs de bureau (ensemble écrans plats + unités centrales de type Pentium 4)
dont 19 sont encore en bon état et 4 en panne ;
2 serveurs + 1 modem ;
3 imprimantes et 2 scanners.
Avec ce retour d’expérience, une véritable question se pose, invitant à la réflexion l’ensemble des acteurs de l’intégration pédagogique des TIC dans l’enseignement :
Comment garantir la durabilité des projets TICE en Afrique ? Comment envisager les expérimentations d'intégration des dispositifs numériques dans l’enseignement en Afrique en dépassant la logique des projets « pilotes » ?
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