Retour sur le séminaire "Internet et Gouvernance locale"

Le développement d’une société de l’information plus inclusive et plus locale devra intégrer les enjeux inhérents à la démocratie participative. Ceci passe inéluctablement par la capacité et la volonté des maires et des cadres des collectivités locales d’élaborer des plans locaux numériques et de mettre œuvre des politiques publiques d’e-inclusion, d’e-gouvernance et d’e-administration. Il importe en effet aujourd’hui d’accélérer le déploiement et l’appropriation des TIC auprès des citoyens, principalement dans les villes africaines où le fossé numérique se creuse encore au niveau des équipements, des contenus et des usages. C
’est dans ce contexte que l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF), en collaboration avec l’Association Villes Internet et l’Agence mondiale de solidarité numérique, a organisé du 28 au 30 décembre dernier un séminaire de formation intitulé « Internet et gouvernance locale » à la Maison des Savoirs de Ouagadougou. Ce séminaire qui a bénéficié de l’appui financier de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a connu la participation effective d’une vingtaine de participants invités par l’AIMF.
Il s’agit pour la plupart d’élus locaux et d’agents techniques, représentants une dizaine de collectivités territoriales sur l’étendue du Burkina-Faso (Ouagadougou, Banfora, Bobo-Dioulasso, Dédougou, Yako, Manga, Koudougou, Ouhigouhia, Tenkodogo,…), ainsi que des membres de l’Association des Maire du Burkina Faso (AMBF).
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L’ouverture des travaux

La première journée consacrée à l’ouverture des travaux du séminaire a démarré par un discours de bienvenue de Monsieur Francis Liégeon, représentant de l’AIMF. Celui-ci rappelle l’expérience d’une décennie d’actions d’appui de l’AIMF à la modernisation des services municipaux burkinabé et à la lutte contre la fracture numérique entre les villes africaines.
Les actions de solidarité numérique ainsi menées par l’AIMF sur le continent ont concrètement permis de sensibiliser les élus et les cadres municipaux aux enjeux des usages locaux des TIC, de soutenir la création de centres multimédia municipaux (dispensant des formations de qualité aux jeunes), de renforcer la formation et l’accès au TIC dans les établissements d’enseignement, pour valoriser et partager les productions pédagogiques des enseignants (mutualisation des réseaux de connaissances et création d’une banque de ressources éducatives utilisées par les enseignants camerounais, nigériens, et ceux d’autres pays africains Francophones).
A la suite de cette allocution, Madame
Florence Durand Tornare, Déléguée de l’Association Villes Internet, a pris la parole pour présenter le rôle et les activités de son association en matière d’appropriation d’Internet par les citoyens et les élus locaux en France ainsi que l’expérimentation de labellisation de sites communaux au Sénégal.
Enfin, ce fut le tour du Maire de Ouagadougou, Monsieur
Simon Compaoré, d’ouvrir les travaux du séminaire en soulignant au passage dans son discours l’intérêt d’une telle formation devant permettre aux élus burkinabé d’améliorer la gestion de leur municipalité, de se rapprocher des administrés, de concevoir des projets numériques territoriaux et d’intégrer la société de l’information grâce aux TIC et à Internet.
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Les communications et les ateliers pédagogiques
La méthodologie adoptée pour dispenser cette formation a permis d’organiser les interventions journalières en deux formats :
- Matinée : format « conférence/table-ronde », avec des communications et des présentations théoriques axées sur la compréhension des enjeux.
- Après-midi : format « atelier », avec des démonstrations et des travaux dirigés axés sur l’appropriation des outils.
La compréhension des enjeux
En ce qui concerne la compréhension des enjeux, Madame Florence Durand-Tornare a présenté
le défi politique que constitue la mise en place de l’internet dans les collectivités locales. Elle a partagé avec les participants quelques bonnes pratiques françaises montrant le rôle joué par Internet dans la promotion d’une démocratie participative, dans la mise en réseau des acteurs, et dans l’e-inclusion des citoyens.
Par rapport aux risques d’exclusion numérique, Monsieur
Destiny Tchéhouali (Agence mondiale de solidarité numérique - ASN) a particulièrement insisté sur
les enjeux liés aux différents types de fractures numériques traduisant les inégalités socio-économiques entre les territoires. Sur la base de retours d’expériences locales, il a présenté quelques politiques de e-gouvernance locale et a analysé les obstacles qui freinent le développement des projets de sites web communaux et municipaux en Afrique.

Ensembles, les formateurs et les participants ont procédé au décryptage de certains sites municipaux à travers des études de cas concrets au Burkina-Faso et au Bénin. Au Burkina-Faso, par exemple, trois des participants ont témoigné et présenté le travail de mise en ligne de leur site municipal :
Ouagadougou, Ouahigouhia (140 000 visiteurs uniques sur un an) et Banfora. Il ressort de ces présentations que les sites municipaux burkinabés sont pour la plupart des sites vitrines servant principalement de canal d’information sur les services proposés et les actions entreprises par la municipalité.
L’analyse comparée entre ces sites municipaux du Burkina et les sites communaux créés dans le cadre du programme E-gouvernance locale au Bénin montre que les sites communaux du Bénin intègrent déjà des rubriques fonctionnelles dédiées à l’informatisation de l’état civil et aux « e-services » rendus aux citoyens (exemple : demande d’extrait d’acte de naissance en ligne). Au sujet de l’informatisation de l’état civil, les participants ont pu être inspirés par quelques expérimentations recensées dans la base d’initiatives du site de l’association Villes Internet.
En définitive, on retient qu’
il y a encore beaucoup de sites municipaux statiques (différents de sites dynamiques) en Afrique et qu’il y a des efforts évidents à fournir de la part des élus pour redynamiser leurs sites web et enfin saisir des opportunités de marketing territorial que constituent ces outils de communication au cœur de la vie municipale.
Toujours est-il qu’il faudrait au minimum une connexion Internet avant de faire fonctionner un site web municipal. A cet effet, Messieurs Liégeon (AIMF) et Berté (Maison des Savoirs) ont présenté un exposé relatif à
la problématique d’infrastructures et d’accès aux TIC, en analysant particulièrement les difficultés rencontrées par les fournisseurs d’accès à Internet burkinabé, notamment sur la question de la bande passante et de l’offre de l’Internet terrestre et satellitaire et sa tarification. Sur la lancée de ces réflexions, on a été très vite amené à réfléchir sur le rôle des ONG et des associations locales qui servent de relais à l’action gouvernementale en matière de promotion et de diffusion des TIC. Comme l’a témoigné Madame
Roukiattou Ouédraogo (sur la base de son expérience avec Yam Pukri et Burkina-NTIC),
les ONG trouvent parfois des solutions concrètes et des alternatives rapides aux politiques publiques nationales qui mettent du temps à se décliner au niveau local. A ce sujet, les ONG les plus reconnues par leur expertise dans le domaine des TIC constituent des interlocuteurs valables pouvant apporter des réponses aux collectivités territoriales, par rapport à leurs besoins en prestation de réalisation de sites, d’offres d’hébergement collectif sur des serveurs de proximité. Comme a su bien le constater Monsieur Liégeon «
La société civile a pris de l’avance par rapport aux nouvelles technologies. Il est nécessaire que les villes se rapprochent des acteurs de proximité, afin de travailler ensemble et de reprendre la main ».
Enfin, la compréhension des enjeux et l’identification des besoins a apporté un éclairage sur les ouvertures possibles aux collectivités africaines en matière de coopération décentralisée sur la thématique de la lutte contre la fracture numérique. A cet effet,
l’atlas français de la coopération décentralisée,
la bourse-projet et
l’appel à projet 2010-2012 du Ministère français des Affaires Etrangères et Européennes ont été présentés aux élus burkinabés par Destiny Tchéhouali (ASN). Celui-ci a également indiqué les étapes méthodologiques et les chaînes de valeurs nécessaires au montage de projets de solidarité numérique entre des villes françaises et des villes africaines.
L’appropriation des outils
Une fois les enjeux bien intégrés et compris, les ateliers pédagogiques organisés sous forme de travaux pratiques et encadrés par les 4 formateurs présents ont permis aux participants de « toucher aux outils ».
Dans un premier temps, sous la coordination de Monsieur Dominique Dardel, il s’agissait d’initier les élus locaux à l’utilisation d’outils de gestion des documents partagés.
Les outils « Google » ont ainsi été utilisés pour aider tous les participants à écrire, envoyer, recevoir, et archiver des mails et des documents joints. Pour ce faire, l’un des premiers exercices fut la création d’adresses électroniques (comptes gmail) pour tous ceux qui n’en disposaient pas (3/4 des participants). Ensuite, les travaux ont porté sur
la création de pages web municipales à partir de Google/Site. L’atelier s’est achevé sur des séquences d’accompagnement des participants à l’optimisation de la recherche sur Internet à travers les moteurs de recherche classique, à travers la gestion des mots clefs et l’agrégation de flux RSS,…
Un autre
atelier sur les nouveaux outils du web 2.0 au service de la gouvernance locale a été piloté par Monsieur Destiny Tchéhouali et Madame Roukiattou Ouédraogo. Cet atelier a démarré par la présentation des réseaux collaboratifs Web2solidarité.org et Burkina-NTIC. Les élus et les cadres techniques des collectivités locales burkinabè ont acquis les connaissances de bases pour la création de dispositifs et de supports de communication interactifs en ligne leur garantissant une visibilité et une identité numérique. Avec la plateforme NING, les élus ont notamment appris à créer en quelques clics leur première page Web (page de profil de membre) sur un réseau social thématique monté au cours de l’atelier, le «
Réseau IGL Afrique ». Les participants ont pu y poster leurs premiers billets de blogs décrivant leurs impressions générales sur la formation. Par ailleurs, ils ont été initiés à la création et au partage de contenus multimédias à travers des exercices d’importation et de publication de photos et de vidéos sur cette plateforme expérimentale
dont voici l’adresse.
Lire aussi l'article de Roukiattou Ouédraogo : (
Interview de la déléguée de Villes Internet)

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