
Cela ne fait plus aucun doute aujourd’hui, le secteur IT a un impact environnemental à l’échelle mondiale. Une récente étude de l’Australian Computer Society démontrait en 2007 une empreinte carbone de l’infrastructure informatique des entreprises australiennes équivalente à celle du secteur de l’aviation civile.
Un grande majorité des individus perçoit les dépenses énergétiques des TIC à travers leur usage uniquement. (Ordinateurs de bureau, serveurs, stations de travail…) Sur cette perception générale, les constructeurs proposent une nouvelle informatique « verte », moins consommatrice en électricité, notamment grâce à la virtualisation de serveurs, la création d’alimentations plus sobres,…
C’est une initiative tout à fait remarquable, mais il ne faudrait pas qu’elle soit l’arbre (aussi vert soit-il…) qui cache la forêt. En effet, l’emprunte énergétique d’un équipement n’est pas limitée à sa consommation pendant l’usage. Il faut également prendre en compte l’impact énergétique lié à la production et au recyclage, on parle alors d’énergie grise.
Or, si l’on prend en compte la production, l’impact environnemental d’un ordinateur se voit doublé :
Selon les dernières études publiées par
www.greenit.fr et
www.ecoinfo.org, le processus de fabrication d’un ordinateur est particulièrement énergivore, un ordinateur complet nécessite pas loin de
1MWh et consomme environ
1 tonne de CO2. Soit environ 8000 km parcourus avec un véhicule diesel !
Près de 50 % de l’énergie grise d’un équipement informatique est liée à sa production.
Alors que pouvons-nous faire ?
Construire des équipements en utilisant moins de matières
premières à travers des process de fabrication plus sobres. L’exemple de l’ordinateur ALT® est à suivre, en plus d’intégrer l’alimentation la plus sobre du marché, il nécessite dix fois moins de pièces et de composants.
Ensuite, prolonger la durée de vie des équipements, notamment ceux des entreprises, qui arrivent en fin de contrat d’utilisation au bout de seulement 4 ans en moyenne.
J’entends déjà des voix s’élever : « 4 ans ? Un ordinateur est de toute façon un objet éphémère, il faut toujours plus de puissance pour suivre les évolutions logicielles… »
Ce mythe de l’ordinateur jetable mérite d’être nuancé. A moins que vous ne soyez un « Gamer » exigeant, un infographiste ou un monteur vidéo professionnel, un ordinateur de 4 ans d’âge peut vous permettre de réaliser les tâches les plus courantes liées à l’internet et à la bureautique, (voir graphique ci-contre, source Orange labs France, greenit.fr) et ceci pendant au moins 3 ans. Je possède moi-même un ordinateur personnel qui fêtera bientôt ses neufs ans et il me permet encore de faire des montages vidéo amateurs, du traitement photo…Partant d’un modèle déjà utilisé dans le passé, le système «
client léger » est certainement le plus économe en énergie. Dans ce dispositif, des terminaux de la taille d’un livre de poche reliés à un serveur remplacent nos bons vieux ordinateurs. L’énergie grise utilisée peut être divisée par 4 à 5 sur 4 ans d’utilisation. (Voir graphique ci-contre)
Ce modèle permet également de repousser les limites de réutilisation des ordinateurs, même un ordinateur sans disque dur peut être réutilisé pour jouer le rôle d’un terminal. La société
Dotriver est une référence en la matière.

Ce qu’il faut retenir : Préserver son ordinateur le plus longtemps possible est une question de responsabilité environnementale qui nous concerne tous. Dans le cas où l’équipement doit impérativement être changé, il ne faut surtout pas le détruire ! Il peut être reconditionné par des sociétés spécialisées qui lui donneront une seconde vie, évitant ainsi la production hautement énergivore d’un nouvel équipement. A voir : Le label ordi2.0 intégré au plan national « France numérique 2012 ».
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Des équipements reconditionnés pour réduire la fracture numérique ?
C’est un débat très mouvementé dans lequel de nombreux détracteurs montrent du doigt des opérations d’envois d’équipements vétustes au sud, alors que le nord accède à des équipements flambants neufs…. Attention à ne pas faire de confusions, l’usage de matériel reconditionné est une question d’éco-responsabilité globale et partagée, une conduite évolutive pour le sud, une conduite du changement pour le nord, pour un développement plus durable du secteur IT.
Avant de faire l’acquisition d’un ordinateur, chacun d’entre-nous devrait évaluer l’alternative d’un équipement reconditionné avant de se diriger vers un équipement neuf.
Dès lors, d’un point de vue environnemental, quel peut être le coût de la réduction de la fracture numérique matérielle nord / sud ?
En 2005, L’Asie, l’Afrique et l’Amérique Latine affichaient respectivement des taux de pénétration des ordinateurs personnels de 11,5%, 2,5% et 7%. (En nombre d’ordinateurs pour 100 habitants, Source Banque mondiale)
Imaginons des objectifs optimistes de 20 ordinateurs pour 100 habitants sur chacun de ces continents. (À titre comparatif : 75 ordinateurs pour 100 habitants en France en 2007).
De tels objectifs nécessiteraient la production d’environ 500 millions d’ordinateurs.
Sur la base de 882 kg de CO2 générés à la production d’un ordinateur complet, la production de 500 millions d’équipements génèrerait une emprunte carbone équivalente à 444 millions de tonnes de CO2. Soit un Impact environnemental colossal qui pourrait être évitée en optant pour l’alternative des équipements reconditionnés sur ces continents.
Ce schéma comparatif donné la mesure de l’impact environnemental résultant :

J’ajoute à cette réflexion des questions qui reviennent de manière récurrente :
Concernant l’Afrique, pourquoi ne pas produire du matériel localement, au lieu d’importer des équipements d’occasion provenant des pays occidentaux ?Il n’existe aucun producteur d’équipement Africain, tous les équipements neuf sont importés et seule une petite proportion de la population est en capacité d’accéder au neuf. Il n’est donc pas possible de se couper de l’importation à court terme.
En alternative aux ordinateurs, pourquoi ne pas utiliser les téléphones portables dont l’usage se développe si vite dans les pays en développement ?Vous êtes vous déjà dit que vous pouviez utiliser votre mobile pour subvenir à tous vos besoins de travailleur ou d’internaute ? D’un point de vue ergonomique, il est difficile de tout faire avec un écran de 3’’5… Le téléphone n’est pas encore la « killer application » de l’ordinateur et nous ne pouvons attendre que ce nouvel équipement sorte des laboratoires de R&D…
D’autres questions méritent certainement d’être éclaircies et je propose à tous ceux qui le souhaitent de nous en faire part à la suite de ce billet.
N’hésitez pas également à proposer des pistes d’action allant dans le sens du réemploi informatique. Car s’il est tout à fait naturel de s’interroger pour avancer durablement, il ne faut pas que ce questionnement nous enlise dans une posture d’immobilisme face aux inégalités dans l’accès au numérique.
Les technologies de l’information imprègnent de plus en plus profondément nos sociétés, elles sont une composante essentielle à la culture, à l’expression et à la compétitivité. L’ordinateur est encore aujourd’hui le nœud fondamental de ces technologies, contribuons à sa diffusion solidaire par le réemploi pour la préservation de l’environnement et le partage des savoirs. |
Ces observations font partie d’une réflexion que j’ai proposée lors d’un atelier pendant la semaine des énergies durables de l’union européenne
eusew qui s’est tenue à Bruxelles le mois dernier.
Pour accéder aux slides de la présentation.
Remerciements à :Frédéric Bordage
www.greenit.fr Françoise Berthoud
www.eco-info.org Laurent Alliod
www.dotriver.eu
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