
Dans un contexte de conférence des Nations unies sur le changement climatique, les 9 et 10 décembre derniers se tenait le
forum green and connected cities organisé par
acidd au parlement européen de Strasbourg. J'intervenais lors de cette manifestation pour présenter mes travaux sur le réemploi informatique réalisés dans le cadre du consortium européen des TIC pour l'efficacité énergétique (
ICT21ee).

Je tiens tout d'abord à saluer l'ensemble des organisateurs, intervenants et participants à cette rencontre qui pourrait être reconduite l'année prochaine.
Après ces deux jours passés à assister et contribuer aux débats sur un modèle de ville durable, je retiendrais un terme qui ressort nettement dans les rapports d'étonnement et la conclusion des orateurs :
Solidarité.
Solidarité car les enjeux du développement durable sont fortement sociaux et parce que nous n’atteindront les objectifs affichés de réduction de notre empreinte environnementale qu’à travers la concertation et l'entraide généralisée.
Il faut également souligner le projet de mise en place d’un modèle de ville durable au Maroc par Abdelhai BOUSFIHA architecte DPLG. Proposition retenue par Catherine Trautmann comme un laboratoire qui permettra de repenser nos villes dans le futur.
Synthèse de mon intervention sur l'atelier "Solutions pour le climat et risques environnementaux"
Diaporama de présentation
Bref rappel sur les intérêts énergétiques du réemploi informatique
Un ordinateur nécessite 100 fois son poids en matières premières. 50 % de l’empreinte énergétique d’un ordinateur est déterminée à sa fabrication.
Le ralentissement des cycles de production est donc une clé de réduction de l’empreinte énergétique des ordinateurs. Le reconditionnement informatique est un facteur majeur de cette réduction puisqu’il permet de reconduire les ordinateurs jusqu’à leur fin de vie électronique.
Intérêts majeurs et limites du réemploi informatique solidaire
Il est essentiel de favoriser le réemploi à but solidaire parce qu'il permet de fournir des équipements aux personnes ou aux structures ne possédant pas les moyens d’accéder au neuf comme les écoles rurales, les centres sociaux,… Ces actions sont vertueuses à plusieurs niveaux : social (e-inclusion), économique (création d’emplois) et environnemental (meilleure gestion des déchets).
Référence :
www.ordinateurs-solidaires.fr
Ce n’est cependant pas suffisant pour contribuer à la réduction de l’empreinte énergétique de l'informatique car le segment de population visé par les actions de solidarité est très réduit. On créé des usagers qui n’auraient pas accédé à l’informatique par les voies habituelles, on créé donc une nouvelle source de dépenses énergétiques aussi mineure soit elle.
Les vrais enjeux du réemploi informatique d'un point de vue énergétique
Le reconditionnement informatique vise aujourd’hui essentiellement des actions solidaires. Peu de particuliers se dirigent vers ce type de produits par méconnaissance des revendeurs et par crainte d’accéder à du matériel obsolète, démodé, non-fonctionnel…
Le périmètre du matériel reconditionné est donc très limité, des économies énergétiques ne peuvent être envisageables qu'avec l'élargissement massif de l'accès aux ordinateurs reconditionnés :
- en valorisant leur image pour gagner la confiance des utilisateurs particuliers ou professionnels ;
- en établissant des critères de certification de qualité fonctionnelle et énergétique pour hisser les ordinateurs reconditionnés à un niveau concurrentiel du neuf.
Nous devrions pouvoir trouver ces équipements dans les grandes enseignes de vente informatique et sur les grands sites web marchands aux côtés du matériel neuf.
Le segment de marché premier prix
Il est très difficile voire impossible de reconditionner du matériel bas de gamme, ces équipements sont presque condamnés à la poubelle après une première utilisation. Ce qu’il faut engager c’est une révolution du segment de marché des ordinateurs premier prix en remplaçant le matériel bas de gamme par du matériel reconditionné issu d’équipements haut de gamme. Cette niche économique assurera le développement du marché des ordinateurs reconditionnés et par voie de conséquence une réduction marquée de la consommation énergétique du secteur des micro-ordinateurs.
Alors que faire ?
1-
Changer les comportements:
en sensibilisant les usagers, notamment la nouvelle génération, à l’acquisition d’ordinateurs reconditionnés pour le respect de la planète;
en incitant les producteurs et les distributeurs à proposer des équipements reconditionnés de bonne qualité aux consommateurs.
2-
Changer les équipements:
en incitant les producteurs à produire du bon matériel uniquement, du matériel qui puisse être facilement reconditionné.
3-
Améliorer les indicateurs existants:
à travers une étude poussée sur le potentiel d’économie énergétique lié au reconditionnement informatique;
en établissant un modèle économique détaillé permettant un remplacement des équipements premier prix par des équipements d’occasion de bonne qualité.
4-
Mettre en lumière et soutenir les bonnes pratiquesdes reconditionneurs reconnus qui se battent pour se faire une place dans un marché défavorable; soutenir l’ensemble des accélérateurs de cette filière comme les éditeurs de logiciels doux,…etc
Synthèse des questions/réponses avec la salle
Durée de vie
Vous dites que le renouvellement du matériel informatique a tendance à s’accélérer, cela me semble faux, les ordinateurs durent 6 ans aujourd’hui et leur durée de vie était moindre avant.
Réponse : Quelles sont vos sources ? Je dois vous contredire, la durée de vie moyenne des équipements informatique professionnels varie entre 2 et 5 ans pour une moyenne de 3 ans en France. Source (
rapport Siemens Financial Services)
Les particuliers victimes des tendances du marché changent eux aussi trop fréquemment leur matériel pour des raisons d’évolution logicielle, de technophilie ou de disfonctionnements.
La question des logiciels
L’obsolescence du matériel est effectivement inacceptable. Vous faites un constat sur les équipements et la nécessité de les reconduire pour qu'ils durent plus longtemps. Mais le problème est avant tout logiciel, les softs doivent évoluer vers des modèles moins gourmands en performances pour que les ordinateurs soient plus durables.
Réponse : Je dirais qu’il faut travailler sur les deux fronts en parallèle, la problématique n’est pas plus logicielle que matérielle. Concernant les logiciels il faut saluer les progrès réalisés dans la délocalisation des postes de travail (
dotriver) à travers des systèmes de type client léger qui permettent de reconduire des ordinateurs jusqu’à leur fin de vie électronique sans disque dur. L’ordinateur devient un simple terminal raccordé à un serveur qui assure tous les traitements.
Complexité et difficultés de mise en œuvre
Votre modèle est très intéressant mais semble particulièrement complexe à mettre en œuvre, quels pourraient être les leviers de sa mise en œuvre ?
Réponse : Effectivement la résistance au changement sera très forte, il faudra donc être convaincant, contraignant et incitatif.
Convainquant en produisant une étude précise et détaillée sur la plus value environnementale de l’informatique reconditionnée ainsi que sur son modèle économique.
Contraignant en imposant aux producteurs et distributeurs de faire une place au matériel d’occasion au nom de la réduction des gaz à effet de serre dans les pays industrialisés (au moins 40% d’ici à 2020 par rapport à 1990).
Incitatif en soutenant financièrement les bonnes pratiques à travers un système de compensation carbone basé sur les économies énergétiques du réemploi des ordinateurs.

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